Centre de recherche sur
l'intermédialité
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Agencement
   
 
Marion Froger, « Agencement et cinéma : la pertinence du modèle discursif en question », in Silvestra Mariniello (dir.), Cinémas, vol. 10, n° 2-3, « Cinéma et intermédialité », printemps 2000, p. 13 à 26

Repérage de Richard Bégin
Agencement
« L’agencement deleuzien se révèle un concept clé pour des études intermédiatiques. Il pointe la nouveauté non pas dans les juxtapositions ou associations du texte, de l’image et du son permises par les nouveaux médias, mais dans les devenirs de ces composantes » (p. 25).

Il va sans dire que ces composantes sont autant d’expressions que Deleuze considère comme des puissances perceptives et affectives, susceptibles de transformer la matière en agencement expressif en devenir.
Nous parlerons dans ce cas-ci d’un agencement qualitatif fondé sur les médiations hétérogènes : par exemple, voir par le mot ou lire l’image. En d’autres termes, une matière peut bien s’associer à une autre.
La relation, qui justement associe ces mêmes matières, concerne d’une part l’expressivité qui les partage et les associe, et d’autre part le devenir de l’une dans sa promiscuité à l’autre. Marion Froger parle pertinemment "d’entr’expression" en ce qui concerne cet agencement « constitué d’éléments matériels multiples » et d’expressivité hétéromorphe.
Devenir
« Ce phénomène intermédiatique de visibilité du son et de lisibilité de l’image que nous cherchons à pointer ici, dans ces agencements ou composés visuels et sonores que sont les images cinématographiques, peut se définir comme suit : un devenir-texte des images bien loin de toute idée de transposition, traduction ou équivalence. L’intermédialité apparaît dès lors comme un champ de devenir, où les changements, les mouvements vont en se multipliant, en s’intensifiant, en se complexifiant. » (p. 24).
Penser l’intermédialité en terme de « devenir » comporte ainsi l’avantage de réfléchir à ce que l’inter provoque dans chaque médias concernés par la convergence et l’agencement. Des médias convergeant, on retiendra en effet ce qui les affecte au-delà de la juxtaposition et de l’association; soit les composés événementiels d’une complexification affective et perceptuelle : le sonore devenant visuel et l’image devenant lisible.
Interstice
À propos du cinéma de Dreyer, Bresson et Rohmer : « C’est un cinéma qui invente aussi la coupure irrationnelle : l’enchaînement logico-déductif est écarté au profit d’un dehors censé travailler entre les chaînes d’images, et contre leur association, leur unité. Ce dehors ou domaine de l’a-discursif par excellence coupe les images les unes des autres. Tout se passe alors entre les images, dans les interstices [...] » (p. 20).
Nous pouvons affirmer que l’image médiatise une pensée, mieux, qu'elle en médiatise plusieurs. Au cinéma, cela est d’autant plus symptomatique que l’image se confronte à une multitude d’autres, faisant ainsi germer une chaîne ou une série discursive par et dans le plan. Mais entre ces images, entre ces médiations de pensées, quelles sont les associations qui permet d’outrepasser la coupure si ce n’est une convocation du dehors?
Chez Deleuze, l’interstice est le lieu qui convoque ce dehors et à partir duquel les circuits entre virtuel et actuel se brisent, se redoublent, se confrontent et se confondent, mais surtout à partir duquel ils s’agencent.
Transformation
« [...] Deleuze décrit des agencements ou compositions, où les composantes s’affectent les unes les autres : cette affection peut prendre la forme d’une transformation des effets de sens du visuel par l’arrivée du sonore » (p. 23).
Du moment où plusieurs matières expressives se confrontent, chacune d’elles fait plus que transmettre de sa propre expressivité à l’autre, chacune se transforme par contact. Le son se transforme au contact de l’image et le mot se transforme au contact du son. Du coup, l’intermédialité s’avère une puissance de transformation en ce qu’elle forme et déforme l’expressivité des matières concernées par la confrontation et l’agencement des médias : « C’est un nouveau sens de "lisible" qui apparaît pour l’image visuelle, en même temps que l’acte de parole devient pour lui-même image sonore autonome » (Deleuze [cité par Froger], L'image-mouvement, Paris, Éditions de Minuit, 1983, p. 320). Aussi les matières prennent-elles forme en regard de leur contenu expressif.
François Albera, « Archéologie de l'intermédialité: SME/CD-ROM, l'apesanteur », in Silvestra Mariniello (dir.), Cinémas, vol. 10, n° 2-3, « Cinéma et intermédialité », printemps 2000, p. 27 à 38

Repérage de Richard Bégin
Agencement
Il y a des agencements de sons et d’images qui se forment autrement que par le processus de diégétisation ou de narrativisation; des agencements qui exposent des « matériaux hétérogènes » et font d’un « lieu d’écriture, une surface d’exposition ».
Aussi, depuis l’avènement de nouveaux moyens de communications, les conditions diégétiques se sont profondément transformées; elles permettent dorénavant « d’agencer des images et des sons répondant à des systèmes de représentation, à des formes d’exposition différents et qu’on ne gagnerait pas à coucher au lit de Procuste des catégories narratives » (p. 28).
Dans ces cas-ci, le concept d’agencement préserve de la matière sa dynamique d’hybridation, habituellement dissimulée par les théories structuralistes qui ne voient dans la matière qu’un véhicule sémiotique et discursif. Une matière « hybridée » concerne ainsi le médium dans ce qu’il a de plus permissif en terme d’agencement expressif; une image pourra, par exemple, exposer le son d’une oeuvre musicale et devenir par le fait même une représentation phonétique (ou, vulgairement, un vidéoclip).
L’écriture par agencement d’expressivités (imagicité, graphie et rythme) permet ainsi l’éclosion d’un « cinéma d’exposition » moins réglé par son aptitude à raconter que par celle d’intégrer et d’exposer des relations intermédiatiques.
Exposition
Tout agencement risque fort de provoquer dans l’esprit du spectateur un déplacement du regard ou, a fortiori, de l’esprit. C’est qu’un agencement institue un réseau de formes et de matières calqué sur le modèle de l’exposition. L’individu qui fait l’expérience de l’exposition (picturale, muséale ou universelle), fait surtout l’expérience du déplacement, de l’errance et de la promenade. De sorte que l’exposition incite l’individu à parcourir des moments intenses et des espaces intermédiaires qui le mènent vers d’autres moments. Aussi, l’agencement médiatique permet-il un « cinéma d’exposition » par sa seule puissance d’hybridation, faisant ainsi du lieu médiatique un espace de recoupements et de rencontres.
Greffe
« Seuls les films qui accueillent des systèmes techniques et symboliques sur le mode de la greffe créent de l’intermédial [...] » (p. 28). Il serait donc difficile, voire impossible, de parler d’intermédialité du moment où un média en intègre un autre en l’assimilant à ses propres lois ou codes formels. Dans un cas semblable, le média intégré serait, somme toute, digéré par le média qui l’accueille au point de perdre ce qui le différencie des autres médias. La greffe agit autrement. La greffe crée de l’intermédial en ce qu’elle agence sur le mode « dialogique » deux éléments hétérogènes. En effet, ce qui se greffe entretient un rapport dialectique entre ce qui est déjà et ce qui advient. En d’autres mots, la greffe nécessite un travail constant au niveau de l’agencement, comme si, toujours, l’agencement était en train de se faire
 
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